Articles Tagués ‘mixité sociale’

ECOLO ET L’ENSEIGNEMENT.

23 novembre 2009

 

Sarah Turine était l’invitée de Matin première, ce lundi. Je résume ce qu’elle a dit pour l’enseignement.

LE  VOILE.

Pas question de l’interdire. Pas question de laisser les écoles choisir. En réponse, à une question d’un auditeur, elle précise qu’il ne faut pas créer de “ghettos” ce qui serait le cas si on interdisait le voile partout. Bizarre. Evidemment, dit-elle, il faut que les élèves suivent les cours normalement.

Voilà la position d’Ecolo, qui était celle de leur programme électoral mais pas, nuance, de la campagne électorale, réaffirmée clairement. Je me souviens pourtant que, dans un forum, Jean-Michel Javaux et Isabelle Durant avaient dit qu’il fallait discuter… C’est fait.

Alors, je voudrais que Sarah Turine m’explique comment une jeune fille voilée peut valablement suivre le cours de gymnastique. De quel droit un parti politique peut-il supprimer ce qui se trouve depuis des années dans le règlement d’ordre intérieur des écoles, à savoir, pas de couvre-chef ? Les profs obtiennent, pas toujours facilement, que les garçons enlèvent leur casquette ce qui est une question de savoir-vivre même dans la religion musulmane. (cf. un film récent). Une nouvelle discrimination fille/garçon ?

Qu’on le veuille ou non, porter le voile est une manière “de se mettre à part”, de former un groupe bien visible. Je précise que les autres élèves de la classe, non voilées, musulmanes ou non, se font traiter “d’impures”. Je n’ai jamais entendu quelqu’un relayer leurs réactions qui sont pourtant bien connues des profs. Sur mon blog, quelqu’un m’a conseillé d’imiter la pudeur des femmes musulmanes ! Et oui, nous en sommes là.

Et je ne reprendrai pas tout ce que j’ai déjà dit sur la dignité de la femme, sur les combats des féministes, combien il est blessant de voir que la soi-disant “pudeur” est imposée aux femmes pour éviter la concupiscence masculine.

Tareq Oubrou, théologien et iman à Bordeaux, qui plaide pour un islam moderne, disait dans une interview : les partisans du port du voile, par leur position religieuse, réduisent la femme à un vêtement, et par leur fragilité, trahissent leur ignorance. Ou encore “Cette visibilité est néfaste car, à long terme, cette pratique pose des problèmes spirituels et psychologiques aux filles qui  veulent étudier ou travailler.” Tareq Oubrou participe régulièrement aux émissions religieuses “Islam” sur France2 mais n’est pas invité dans les débats télévisés….

Un dernier mot, je n’arrive pas à comprendre pourquoi Ecolo ne veut pas défendre les valeurs de la laïcité. Et, je rappelle que de très nombreuses écoles catholiques interdisent le port du voile en se basant sur le règlement d’ordre intérieur.

MIXITE  SOCIALE.

 La position de Sarah Turin est très claire. Il faut 20 % d’élèves “défavorisés” dans toutes les écoles. Et en  réponse à un auditeur, “l’élève défavorisé” devient”la musulmane voilée” ! On appréciera. Et elle précise : “Les enfants qui sont actuellement inscrits en école primaire pourront avoir accès à l’école secondaire si l’école primaire est adossée mais ceux qui s’inscriront à partir de demain n’auront plus cet avantage.”

La presse nous a largement informés que le projet de décret d’inscription était une proposition d’Ecolo. Le fameux formulaire…

Beaucoup pensaient qu’Ecolo au pouvoir signifiait le retour des taxes. Cela viendra sans doute. En attendant, ils ne respectent pas un droit constitutionnel qui est la liberté de choix des parents pour l’école de leurs enfants.

Ils ne sont pas conscients du tout que céder sur des valeurs essentielles c’est ouvrir la porte à des dérives qui pourront, dans l’avenir, être graves.

Isabelle Durant, s’était déjà exprimée : elles sont si mignonnes les jeunes filles voilées qu’elle rencontre dans le bus ! Comme s’il s’agissait de cela !

Regarde-t-elle ce qui se passe dans les pays où la charia est appliquée ? N’est-ce rien à ses yeux que les femmes fouettées ? Rien, le combat de beaucoup de musulmanes pour que leur dignité soit reconnue ? Rien, les larmes de celles qui racontent comment la police les traite ? A-t-elle oublié le combat de la jeune fille courageuse qu’on a surnommée “la fille au pantalon” ?

Désespérant.

DECRET D’INSCRIPTION.

13 novembre 2009

Marie-Dominique Simonet. 

Lors de la campagne électorale, tous les partis ont répété qu’ils faisaient de l’enseignement une priorité. Et de citer la revalorisation de l’enseignement professionnel, une meilleure formation des élèves, la prise en compte des écoles défavorisées etc. sans jamais préciser comment atteindre ces objectifs. Le CDH a revendiqué le poste de ministre de l’enseignement, Joëlle Milquet estimant qu’il était temps que ce ne soit plus un socialiste. Je ne sais pas si elle a bien réfléchi aux difficultés qu’allait fatalement rencontrer la ministre.

Première étape : les économies dans l’enseignement. Une mesure parmi d’autres, l’extension de la charge horaire des enseignants du secondaire. Mesure retirée aussi vite après les protestations syndicales ou plus vraisemblablement parce que la mesure était inapplicable. Il y a peu de cours d’une ou deux heures dans le secondaire.

Et voilà, le décret d’inscription revient sur la table. Ce qui était convenu : partir d’une page blanche. La logique aurait été, après les décrets calamiteux précédents, de les abroger et de s’en tenir là. Mais, il y a l’obsession de “mixité sociale” acceptée, paraît-il, par tous comme une nécessité absolue.

Première remarque : la mixité sociale est un fait dans la très grosse majorité des écoles. Il suffit d’aller voir la sortie des écoles, par exemple, près du Botanique pour constater que la population scolaire n’est plus ce qu’elle était il y a dix ou vingt ans.

Deuxième remarque : les écoles visées pour leur “mauvais comportement” sont une dizaine. Fallait-il pour cela bouleverser tout l’univers scolaire comme cela a été fait ? Et, cerise sur le gâteau, on a épinglé ces écoles comme de très bonnes écoles à faire pâlir celles qui n’étaient pas dans la liste.

Troisième remarque : on a traité certaines écoles de “ghettos” de quoi faire bondir ceux qui n’ont pas oublié ce que ce nom a signifié dans l’histoire du vingtième siècle. Vouloir dix ou quinze % d’élèves “défavorisés” dans toutes les écoles comme le souhaitent les socialistes ou les écolos est-ce une mesure qui supprimera les écoles ZEP qualifiées honteusement de “ghettos” ? Certainement pas. J’admire d’ailleurs la sémantique. Qu’est-ce qu’un élève défavorisé ? Moins intelligent, ayant de moins bon résultat en primaire,  issu de  l’immigration,  venant  d’un milieu social qualifié d’inférieur ? Evidemment, le politiquement correct interdit de tenir des propos aussi “hard”. Donc, pas de définition.

Quatrième remarque : le choix des parents est un droit. Et là réside le paradoxe. On affirme le respecter mais toutes les mesures envisagées sont contre ce choix. Elèves prioritaires ou pas, selon tel ou tel critère, on nage en plein délire. La dernière proposition, demander que chaque élève de 6ème primaire remplisse une fiche avec ses préférences ou  son droit à être prioritaire, est tout simplement aberrante. Si cela se fait, je souhaite bonne chance à ceux qui devront les dépouiller !

Quel gâchis ! S’insurger qu’un enfant de primaire puisse continuer dans l’école secondaire du même pouvoir organisateur sous prétexte que cela favorise l’enseignement catholique est-ce vouloir le bien de l’enfant ? N’est-ce pas légitime ? C’est vrai que l’enseignement primaire officiel est communal, l’enseignement secondaire provincial ou dépendant de la Communauté Française donc “l’adossement” (quel vilain mot !) n’existe pratiquement pas. Mais, que je sache, rien n’a jamais empêché un enfant sortant d’une école communale de s’inscrire dans un lycée.

L’absurdité est vraiment poussée très loin. J’entendais Proper Boulanger proclamer qu’il faudrait un décret d’inscription pour le primaire si la ministre ne changeait pas son projet ! Et d’ajouter qu’il était contre l’autonomie des directeurs ou des PO. Vraiment ? La CSC n’a-t-elle pas défendu fermement les projets pédagogiques ?

Cela me rappelle une époque très lointaine où les inspecteurs linguistiques faisaient le tour des écoles maternelles de Bruxelles pour voir s’il n’y avait pas de petits flamands égarés dans les écoles francophones. Cela m’avait beaucoup choquée. Justement, parce que le droit des parents de choisir l’école de leurs enfants n’était pas respecté. Comme maintenant.

Faut-il répéter que la meilleure école est celle où l’enfant se sent bien. Qu’il vaut mieux se trouver dans son quartier où les liens avec les autres enfants pourra être beaucoup plus fort. Qu’imposer aux enfants de longs trajets en voiture ou en bus, quand on pourrait l’éviter, est un scandale. Qu’enfin, quelle que soit l’école, les enfants qui veulent réussir s’en sortiront toujours.

Je terminerai avec un peu d’humour car je suis très en colère. Un des critères proposé est la distance entre les écoles “à vol d’oiseau”. La ministre va-t-elle équiper des pigeons de puces électroniques pour être certaine qu’il n’y a pas cent mètres de trop ?

Et dire qu’il y a tellement à faire pour rendre notre enseignement performant. Pour tous.