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MOHAMED SIFAOUI.

21 avril 2010

 

Mohamed Sifaoui est né en Algérie, en 1967. Journaliste, écrivain, réalisateur de reportages et de documentaires, il est également conférencier. Membre du Bureau national de SOS Racisme, il est par ailleurs impliqué dans le combat contre les racismes et l’antisémitisme. Il a couvert comme journaliste, depuis 1988, plusieurs zones de conflits et travaille depuis une vingtaine d’années sur les mouvements islamistes. Il a également réalisé plusieurs enquêtes journalistiques sur la montée de l’idéologie islamiste en Europe et en France. Ses principaux ouvrages sont : “Ben Laden dévoilé” “Combattre le terrorisme islamiste” “Mes “frères” assassins” “La France malade de l’islamisme”.

POURQUOI L’ISLAMISME SEDUIT-IL ?

Dans son avant-propos il tient à préciser : “L’Islam est une religion, une spiritualité, une éthique, des croyances, des traditions, des dogmes et des coutumes ; l’islamisme est une idéologie politique ou plus précisément une idéologisation de l’islam, voire une politisation de cette religion.”

Dans son premier chapitre, il va reprendre les grandes étapes de l’islam et de l’islamisme. Dès son installation à Médine, Mahomet est prophète, guide spirituel mais aussi chef de guerre, homme d’Etat et dirigeant d’un gouvernement, mais, précise l’auteur, ce sont les circonstances de la naissance de l’islam et le contexte de celle-ci qui l’ont exigé et non le texte coranique en tant que tel. Les musulmans veulent reconquérir La Mecque, considérée comme un lieu sacré parce qu’abritant La Kaaba, dont ils ont été chassés. C’est la première “guerre sainte” autorisée pour défendre leur foi. Mais, le “jihad” allait imprégner fortement les premiers croyants : “leur religion leur permettait de se défendre, ils pouvaient remporter un combat même opposés à une troupe plus puissante et mieux équipée et les versets coraniques annonçaient le “paradis éternel” à ceux qui seraient tués “dans le sentier de Dieu”. Ces conclusions seront largement utilisées plus tard par les islamistes.

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que la religion musulmane était un progrès, une révolution même, pour l’époque. Elle s’opposait à l’injustice, instaurait un meilleur statut de la femme, plus d’équité en prônant une meilleure répartition des richesses etc.

Du long exposé que fait Mohamed Sifaoui de l’histoire de l’islamisme, je ne retiendrai que deux faits : la naissance du salafisme walhabite au XVIIIe siècle et de la confrérie des “Frères Musulmans” fondée en Egypte, par Hassan Al-Banna, en 1928.

Les salafistes appellent à un retour à l’islam d’origine qui pour eux signifie le rejet de toutes les idées humanistes et des principes philosophiques comme la démocratie, la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes. La charia devient sacrée, elle ne peut être ni discutée, ni modifiée, venant d’Allah, elle ne peut être que parfaite. D’où par exemple la justification des châtiments corporels.

Les Frères musulmans deviendront au fil des années le principal mouvement inspirant l’idéologie islamiste. “L’islam est religion et Etat, Coran et glaive, culte et commandement, patrie et citoyenneté. Allah est notre but, le Prophète notre modèle, le Coran, notre loi, le jihad, notre voie, le martyr notre voeu.” C’est la célèbre phrase doctrine d’Hassan Al-Banna.

D’après Mohamed Sifaoui, les Frères musulmans pratiquent un double langage. “Ses adeptes dénoncent le terrorisme tout en l’encourageant; ils se disent modernistes tout en favorisant l’archaïsme et prétendent respecter la démocratie tout en fustigeant les valeurs qu’elle renferme.” L’auteur consacrera tout un chapitre à  Tariq Ramadan, petit-fils d’Hassan Al-Banna qui fait l’apologie de son aïeul et affirme ne rien renier de son enseignement. L’auteur s’étonne d’ailleurs de l’audience qu’il a en France et regrette que, très souvent, il n’a pas en face de lui, quelqu’un capable de lui apporter valablement la contradiction.

Le chapitre 4 du livre est intitulé “Les idiots utiles de l’islamisme”. L’expression est empruntée à Lénine qui désignait ceux qui, par complaisance envers l’idéologie bolchevique, fermaient les yeux sur les réalités les moins reluisantes de l’Union soviétique. Mohamed Sifaoui accuse certains intellectuels français d’être les “idiots utiles” de l’islamisme parfois par anti-sionisme ou anti-américanisme. Ils leur reprochent aussi de traiter “d’islamophobie” toute critique de l’islam, ce qu’il juge injurieux pour les musulmans.

Que veulent les islamistes ? D’après l’auteur, leur objectif n’est pas “l’islamisation de l’Europe” mais la mise en place de conditions qui leur permettraient de pratiquer leur vision de l’islam comme ils l’entendent (…) représenter, un jour, une communauté suffisamment puissante au sein des sociétés européennes pour infléchir les positions des gouvernements quant à leur soutien à des régimes arabo-musulmans qu’ils considèrent comme “apostats” et faciliter la création de Républiques islamiques, surtout dans les Etats du Maghreb.”

Toujours d’après l’auteur, les Frères musulmans, souhaitent être assez forts pour peser sur les débats nationaux en vue d’amener les pays européens à modifier leur politique. C’est ainsi, par exemple, qu’ils sont largement intervenus dans l’affaire des caricatures danoises de Mahomet, dans les débats sur le port du voile ou de la burqua.

L’endoctrinement passe par les femmes qui ont un rôle important à jouer dans la diffusion de l’idéologie islamiste. Ce sont elles qui éduquent les enfants, elles, qui, par le port du voile rendent l’islam visible. “Finalement, celle qui est censée rechercher la discrétion fait tout pour se faire remarquer. Avec son voile, elle donne l’impression de vouloir dire : “Regardez-moi, je suis une musulmane pratiquante.”" Un comble, dit l’auteur, quand on sait que la religion interdit de manière claire et limpide l’ostentation.

Je n’ai pu donner qu’un faible aperçu de ce livre très documenté, qui ne fera certainement pas l’unanimité. Le titre est un peu trompeur car l’auteur ne répond à la question de la séduction de l’islamisme que brièvement. L’islamisme sait se servir de la pauvreté et de la misère. Les jeunes peuvent être attirés par une religion qui leur donne une nouvelle “identité”, par un discours qui joue énormément sur “les mots tels que fraternité, solidarité, entraide, égalité, engagement et don de soi”. De plus, les islamistes utilisent abondamment les médias et internet. Les pages, les blogs, les forums se comptent par centaines et sont disponibles dans toutes les langues. On y donne des conseils et on recrute…

LE MONDE EST UN ENFANT QUI JOUE.

21 septembre 2009

Alexandre Adler.“J’emprunte cette phrase à Héraclite. Le monde est innocent et naïf. Il titube, hésite, frappe, détruit. Il oublie sa propre histoire. Mais chacun de ses gestes est aussi une création et un apprentissage.”

Ces quelques lignes résument bien le travail accompli depuis des années par Alexandre Adler. Observer, analyser, pointer les erreurs, voire les mensonges de ceux qui nous gouvernent puis proposer des hypothèses pour que le monde aille mieux.

La table des matières est éloquente : La fin du califat de papier et de cassettes vidéo – La guerre perdue de l’Amérique – L’islamisme en crise – Vers “le monde à l’envers” – Le piège – Le Janus iranien.

Ce que j’ai trouvé de plus intéressant dans le livre est qu’Alexandre Adler remonte parfois très loin dans l’histoire pour expliquer ce qui se passe actuellement. J’ai cru, et c’est nouveau chez lui, déceler des motifs d’espoir. Bien entendu, il n’est pas naïf, donc il émet des hypothèses et, pour chaque thèse, il donne le pour et le contre, et surtout les conséquences des décisions qui seraient prises.

J’ai aussi été très intéressée de constater quel poids ont ceux qui nous gouvernent. Comment, les décisions qu’ils prennent ne sont pas toujours innocentes, qu’elles sont prises parfois en toute bonne foi mais aussi hélas ! il faut bien le dire sans aucune vision de l’avenir ou sans compréhension du monde.

Je dirais que ce n’est pas le monde qui joue mais bien les gouvernants qui oublient les leçons de l’histoire, décident de ce qu’ils trouvent bien pour leur pays sans se préoccuper réellement de ce qu’est devenu le monde, un vaste puzzle où chaque pièce a une importance qui n’apparaîtra que quand il sera trop tard.

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé d’histoire, Alexandre Adler est chroniqueur sur France Culture et membre du comité éditorial du Figaro. Il est réputé pour sa connaissance des différents acteurs internationaux de la géopolitique. Intellectuel brillant, il se distingue par son refus de parti pris, par son absence d’a priori moral et par sa volonté de cerner le monde tel qu’il est. Il ne cherche pas à plaire à l’opinion politique mais préfère l’hypothèse aux affirmations péremptoires.

Ses livres ont tous été des succès car il écrit bien et parvient facilement à nous intéresser à des sujets qui ne nous sont pas familiers. Les plus connus sont, je crois, “L’Odyssée américaine” (2004) et “J’ai vu finir le monde ancien” paru en 2002, qui a obtenu le prix du livre politique et coédité avec Gilles-William Goldnadel, en 2008, “Conversation sur les sujets qui fâchent”.

D’origine juive allemande, sa famille maternelle réside en Turquie depuis le début du XXième siècle et échappe ainsi aux persécutions nazies. Par contre, tous les membres de sa famille paternelle à l’exception de son père, sont morts en déportation.

Je ne serais pas complète si je ne mentionnais pas qu’il est l’objet de critiques, parfois même de haine, de la part des islamistes puisqu’il est très attaché à Israël. Il a eu des mots très durs sur l’attitude des pays arabes ou sur Arafat, ce qui, on le sait, en France, est péché mortel. Ajoutons à cela son attachement à l’Amérique et on comprendra qu’il est  pour certains  “un individu peu recommandable” comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut ou Jacques Attali…

On lui reproche aussi son parcours politique, SFIO, PCF puis la droite. Pour ma part, je trouve qu’il est bien plus “glorieux” de quitter un parti dans lequel on ne se retrouve plus et de mettre ses actes en conformité avec ses convictions.

Il me semble intéressant de transcrire une grande partie de l’interview donnée à Gilles Sitruk :

“… L’opinion généralement exprimée et défendue par la diplomatie française selon laquelle toutes les difficultés du Moyen-Orient seraient dues à l’absence de solution du problème israélo-palestinien, est totalement fausse. De 1992 à l’an 2000, nous assistons au contraire à une montée en puissance et à une pression de l’islamisme qui a empêché précisément une solution du conflit.”

 ”Il y a une évolution enthousiasmante d’Israël. En premier lieu, cette extraordinaire aptitude du pays à jouer du melting pot, c’est-à-dire cette assimilation de populations immigrées de diverses origines en une société homogène. Assimiler en effet un million d’immigrés russes représente près de 9 millions d’immigrés en France !”

 J’ai tenu à présenter Alexandre Adler en étant bien consciente qu’il n’a probablement pas raison dans tout ce qu’il dit. Mais, l’insupportable, ce n’est pas de dire des choses qui fâchent, c’est de les présenter comme étant des vérités absolues auxquelles tout le monde doit souscrire. Ce n’est pas ce qu’il fait.