Articles Tagués ‘féminisme’

JULIA KRISTEVA.

9 novembre 2011

 

Pour la première fois, le pape Benoît XVI a invité une incroyante à la Journée de réflexion, de dialogue et de prière  pour la paix et la justice dans le monde, qui s’est tenue à Assise, le 27 octobre. C’est Julia Kristeva qui a représenté les athées. Dans un discours sur l’humanisme, elle a assuré que la fameuse formule de Jean-Paul II : “N’ayez pas peur” ne s’adressait pas seulement aux croyants mais constituait un encouragement “à oser l’humanisme chrétien et celui qui, issu des Lumières, ambitionne d’élucider les voies risquées de la liberté”. (Propos repris par Le Point du 3 novembre.)

Julia Kristeva est née le 24 juin 1941, à Sliven en Bulgarie. Installée en France en 1964 elle a  participé à la revue Tel Quel fondée par Philippe Sollers. Elle a collaboré notamment avec Michel Foucault, Roland Barthes, Jacques Derrida et Philippe Sollers dont elle deviendra l’épouse.

En 1979, après avoir suivi les séminaires de Jacques Lacan, elle devient psychanalyste et progressivement une théoricienne du langage.

Elle enseigne la sémiologie à l’Université de l’Etat de New York et à l’Université de Paris 7 Denis Diderot. Membre de l’Institut universitaire de France, elle dirige aussi le Centre Roland Barthes dont les activités sont destinées aux doctorants et aux enseignants chercheurs qui s’intéressent aux textes littéraires dans une perspective interdisciplinaire.

Julia Kristeva fait aussi partie depuis plusieurs années du Conseil National du Handicap. En 2008, elle a créé à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, le Prix “Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes.” récompensant les hommes et les femmes qui luttent pour la liberté des femmes dans le monde.

Romancière, elle a publié “Thérèse mon amour” récit de la vie de Thérèse d’Avila, “Meurtre à Byzance” “Possession” “Le viel homme et les loups” ” Les Samouraïs”.

Ses essais sont nombreux. Je citerai “La haine et le pardon” “Cet incroyable besoin de croire” et en collaboration avec Catherine Clément “Le féminin et le sacré”.

LE GENIE FEMININ.

Le livre est sous-titré “La vie, la folie, les mots” C’est une trilogie consacrée à Hannah Arendt, Mélanie Klein et Colette. Elle justifie son choix : une philosophe, Hannah Arendt, une psychanlyste, Méladie Klein et pour ne pas parler seulement d’horreur, de folie, d’holocauste, de guerre mais aussi de joie et de plaisir de langue, Colette.

Dans son introduction, elle donne sa conception du “génie”. “Appelons “génies” ceux qui nous obligent à raconter leur histoire parce qu’elle est indissociable de leurs inventions, des innovations versées au développement de la pensée et des êtres, de la floraison de questions, de découvertes et de plaisirs qu’elles ont créée. Leurs apports nous concernent si intimement que nous ne pouvons les recevoir sans les enraciner dans la vie de leurs auteurs.”

Julia Kristeva tient à rappeler que le génie féminin a longtemps était méconnu. Les femmes étant longtemps considérées comme “une espèce de mammifères qui se destine aux naissances”  Le vingtième siècle mettra fin à cette croyance. L’émancipation des femmes sera,  accessible au plus grand nombre dans les pays dits développés mais aussi en Asie, en Afrique ou en Amérique latine.

Après la lutte des suffragettes à la fin du XIX siècle, puis celle des militantes pour l’égalité avec les hommes dans tous les domaines, le mouvement féministe après Mai 68, insistera sur la liberté toute neuve : une autre sexualité, un autre langage, une autre politique.

Julia Kristeva considérera que le refus de la tradition a engendré une stigmatisation de la maternité. Mais, dit-elle, la maternité aidée par les progrès de la science s’impose de nouveau comme la plus essentielle des vocations féminines “désirée, acceptée et accomplie désormais avec le maximum de chances pour la mère, le père et l’enfant.” Elle va plus loin en affirmant que les mères représentent désormais le seul garde-fou contre l’automisation des humains. Elle ajoute ce qui pour moi semble important : “La réalisation singulière de chaque femme, de sa personnalité irréductible au commun dénominateur d’un groupe ou d’une entité sexuelle, devient non seulement possible, mais fièrement revendiquée. C’est parce que je suis moi, spécifiquemet moi, que je révèle l’apport des femmes à la pluralité du monde.”

Si le vingtième siècle a été celui des progrès accélérés de la technique, il a aussi révélé l’autodestruction que l’humanité porte en elle-même. L’auteur rejoint d’autres philosophes en affirmant que la vie est le bien ultime. Mais quelle vie ? C’est la question essentielle qu’Hannah Arendt s’est posée, ce qu’elle appelle “le miracle de la natalité” fil conducteur de toute son oeuvre. Au contraire, le mépris de la vie est ce qui rassemble les totalitarismes. “La capacité même de commencement s’enracine dans la naissance et aucunement dans la créativité, non pas dans un don, mais le fait que des êtres humains, de nouveaux hommes viennent au monde, sans cesse, en naissant.”

France 5 a consacré une de ses émissions “Empreintes” à Julia Kristeva. Elle sera rediffusée le vendredi 11 novembre à 9 heures trente. Je vous la conseille vivement. Vous y découvrirez une femme exceptionnelle.

Catherine Clément, comme beaucoup d’autres, s’est intéressée à Hannah Arendt dans un roman “Martin et Hannah” (voir billet du 10 juillet 2009 – Catherine Clément2).

 

GISELE HALIMI.

15 septembre 2010

 

Gisèle Halimi est née le 27 juillet 1927, en Tunisie. Elle est entrée au barreau de Tunis en 1949 et a poursuivi sa carrière d’avocate à Paris en 1956. Elle a milité pour l’indépendance de la Tunisie et de l’Algérie et a dénoncé les tortures pratiquées pendant la guerre d’Algérie par l’armée française. Signataire en 1971 du Manifeste des 343, elle va militer pour le libre accès à la contraception et la dépénalisation de l’avortement. En 1971, elle fonde avec Simone De Beauvoir et Jean Rostand, le mouvement féministe Choisir la cause des femmes. Elle en prendra la direction à la mort de Simone De Beauvoir.

En 1972, le procès de Bobigny a un retentissement considérable. Elle y défend une mineure qui s’est fait avorter après un viol. Ce procès contribuera à l’évolution vers la loi Veil votée en 1974.

Elle sera aussi députée de 1981 à 1984, apparentée au groupe socialiste. Son amendement instaurant un quota pour les femmes aux élections, voté à la quasi unanimité par les députés, en 1982, sera rejeté par le Conseil Constitutionnel.

Elle est l’auteur de plusieurs livres : Djamila Boupacha, La cause des femmes, Avortement, une loi en procès, La nouvelle cause des Femmes, Fritna, Avocate irrespectueuse, Ne vous résignez jamais.

NE VOUS RESIGNEZ JAMAIS.

Le livre se veut une réponse à une question qui lui a souvent été posée : “Comment devient-on féministe ?” Elle y relate tous ses combats, menés comme féministe mais aussi engagée politiquement. Elle dira aussi l’avoir écrit pour sa petite-fille, Maud, dont elle espère une prise de conscience que le combat pour l’égalité hommes/femmes n’est pas terminé.

Le livre débute par la question qu’elle se pose, en ce jour anniversaire : “C’est quoi le bonheur, à quatre-vingts ans ?” Si le corps ne suit plus aussi bien, la tête reste intacte “pleine à craquer de livres lus et d’expériences uniques. D’audace et de sagesse. De logique et de fantaisie. Elle a surtout gardé “le refus de se résigner”.

Elle revient sur son enfance. Son père, Edouard, déçu d’avoir une fille, ce qu’il considère comme une malédiction, dissimulera sa naissance pendant trois semaines ! Sa révolte de devoir, comme c’est la coutume, servir ses frères, qui la conduira à faire une grève de la faim et une première victoire, l’acceptation de ses parents, effrayés par sa détermination.  Elle nous conte aussi l’humiliation qu’elle ressent à voir sa mère devoir justifier auprès de son mari le moindre sou dépensé. Son refus d’accepter ce que sa mère lui répète : pas de salut pour une fille, hors mariage. Elle se battra pour faire des études, comme ses frères. C’est la première prise de conscience de la condition faite aux femmes, sans doute à l’origine de son féminisme.

Elle va beaucoup s’interroger sur Simone De Beauvoir. Elle n’a lu “Le  Deuxième sexe”  qu’à vingt-trois ans. “Je revis encore, aujourd’hui, l’émerveillement mêlé de stupeur qui me saisit. (…) Un livre mettait des mots sur mes maux, sur mon vécu, m’en livrait quelques clefs essentielles”

Pourtant, elle ne sera pas toujours d’accord avec la philosophe. Leurs parcours sont différents, elle est née pauvre, en Tunisie, elle a dû se battre pour devenir avocate, même pour s’imposer au barreau. Simone De Beauvoir est une bourgeoise, théoricienne reconnue du féminisme mais à qui manque l’empathie si forte chez Gisèle Halimi.

Tout le livre est un récit de ses combats menés avec son association Choisir : lutte pour la dépénalisation de l’avortement, le droit à la contraception mais aussi, contre le viol, pour l’égalité professionnelle, pour la parité en politique.

Gisèle Halimi se pose des questions essentielles : l’instinct maternel est-il une réalité ? (Même conclusion que celle d’Elisabeth Badinter.) Que penser de la prostitution : choix ou violence ? Elle demande l’interdiction des mères porteuses en même temps qu’une refonte totale du statut de l’adoption.

Son livre est aussi un plaidoyer pour que les femmes travaillent à avoir une indépendance économique et que la maternité ne soit pas considérée comme le seul horizon. Elle réfléchit aussi au glissement qui s’est produit dans la société entre le désir d’enfant (facultatif) et le droit à l’enfant, source de dérives.

L’auteur aborde vraiment tous les sujets : le travail des femmes, la double journée, le travail partiel imposé, la violence dans le couple, le congé parental.

Toutes ses positions sont le fruit de réflexions à partir de son vécu ou des femmes qu’elle a rencontrées.

Une de ses convictions est que la loi doit précéder le changement de mentalité. C’est dans ce sens qu’elle a défendu, au contraire de beaucoup de féministes comme par exemple Elisabeth Badinter, les quotas en politique.

Je conseille vivement la lecture de ce livre. Ce n’est pas une histoire du féminisme, c’est le survol d’une vie consacrée à la cause des femmes.

Le poème de Paul Eluard est reproduit sur les cartes d’adhésion de Choisir la cause des femmes :

“Il ne faut promettre / et donner la vie / que pour la perpétuer / comme on perpétue une rose / en l’entourant de mains heureuses.”

 

SIMONE VEIL A L’ACADEMIE FRANCAISE.

19 mars 2010

 

Cérémonie émouvante ce jeudi 17 mars à l’Académie Française. Simone Veil est intronisée en présence, de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, son mari, plusieurs de ses petits-enfants, Bertrand Delanoë et Frédéric Mittérand.

Elle est revêtue d’un habit vert Chanel et ceinte de son épée d’académicienne sur laquelle sont gravés son numéro de déportée, matricule 78651, la devise de la République française “Liberté, Egalité, Fraternité”  et celle de l’Union européenne “Unie dans la diversité”.

Elle occupe le treizième fauteuil laissé vacant par l’ancien Premier Ministre Pierre Mesmer. Un siège, comme le rappellera dans son discours Jean d’Ormesson, qui a été celui de Racine.

Comme le veut la tradition, elle fera l’éloge de son prédécesseur, Pierre Mesmer, saluant son sens du service de la nation, un héritage à méditer et à saluer. “Mon père, disparu dans l’enfer de Bergen-Belsen, quelques jours avant la libération des camps, révérait la langue française. Plus encore que je ne le  suis, il serait ébloui que sa fille vienne occuper ici le fauteuil de Racine.”

Avec le talent qu’on lui connaît, Jean d’Ormesson, dans son discours de bienvenue, fera le récit de la vie de Simone Veil. Il commencera par rappeler qu’elle occupe le fauteuil de Racine, ce grand poète de l’amour et récitera avec son talent habituel, des vers de Bérénice et de Phèdre.

Simone Jacob est née le 13 juillet 1927, à Nice, elle sera arrêtée le 30 mars 1944. Elle a seize ans et vient de passer son bac. Deux semaines après son arrestation, Simone, sa mère et sa soeur sont envoyés du camp de Drancy à Auschwitz-Birkenau. Un inconnu lui sauvera la vie en lui conseillant de mentir sur son âge. En se disant âgée de dix-huit ans, elle évitera l’extermination. Peu avant la libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier 1945, les Allemands emmènent leurs prisonniers dans la marche de la mort jusqu’au camp de Bergen-Belsen où elle travaille dans la cuisine. Elle reviendra en France le 23 mai 1945. Sa mère est morte du typhus, son père et son frère ne sont jamais revenus des camps.

En 1945, elle rencontre son futur mari, Antoine Veil, pendant ses études à la faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Paris. Ils auront trois fils. Munie de sa licence et de son diplôme de l’IEP, elle renonce à la carrière d’avocat qu’elle avait envisagée et entre à la magistrature.

Ministre de la Santé, sous Valéry Giscard d’Estaing, elle fera adopter la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) qui entrera en vigueur le 17 janvier 1975. Jean d’Ormesson rappellera combien le combat qu’elle a mené a été dur, la discussion au Parlement du projet de loi, lui vaudra d’être violemment insultée.

Elle sera aussi la première présidente du Parlement européen , Ministre d’Etat, des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Balladur, puis de 1988 à 2007, membre du Conseil Constitutionnel.

Une carrière exceptionnelle pour une femme exceptionnelle. C’est parce qu’elle était indignée des dégâts causés par les avortements clandestins, qui touchaient surtout les classes populaires, qu’elle a accepté de se battre pour que le Parlement vote la loi légalisant l’IVG. Mieux que personne, elle s’est investie dans la défense des droits des femmes. Fervente européenne, elle avait été très déçue du rejet par la France du projet de Constitution européenne.

J’ajouterai qu’elle est Présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, grand officier de la Légion d’honneur et, d’après un sondage réalisé par l’Ifop, la femme préférée des Français. Son autobiographie Une Vie a été publié en 2007.

Je voudrais aussi rendre hommage à Jean d’Ormesson. Son discours, comme il l’a dit, n’était pas facile : “à la fois trop court et trop long”. Simone Veil représente pour lui,  “la tradition même et la modernité incarnée” “une figure de proue en avance sur l’histoire” Il terminera par ces mots : “La clé de votre popularité (…) repose sur des principes que vous affirmez. Disons-le sans affectation : au coeur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et morale.”

Simone Veil est la sizième femme élue à l’Académie Française. Marguerite Yourcenar avait été la première en 1980. Ont suivi : Jacqueline de Romilly, Hélène Carrère d’Encausse (Secrétaire perpétuelle depuis 1999), les écrivains Florence Delay et Assie Djebar.

J’ai été fort émue par la cérémonie. Je me suis demandé comment Simone Veil avait pu supporter le rappel de son passé douloureux. L’évocation de certains souvenirs a pu lui permettre de brefs sourires.

Hier, une grande dame, qui a toute mon admiration, est devenue “Immortelle”.

ELISABETH BADINTER : LE CONFLIT.

9 mars 2010

 

Ce dernier livre d’Elisabeth Badinter “Le conflit la femme et la mère”  a provoqué une véritable polémique. J’avais écouté l’auteur dans plusieurs émissions et ce qu’elle disait ne correspondait pas du tout aux critiques émises. J’étais aussi étonnée que le principal sujet abordé par ses détracteurs soit “l’allaitement“. Je me demandais pourquoi Elisabeth Badinter qui avait écrit ce très beau livre “L’amour en plus” qui traitait déjà le sujet dans une perspective historique avait pris la peine d’y revenir.

J’ai finalement décidé de lire l’ouvrage pour me faire une opinion. J’ai pu constater que l’auteur n’est, comme le disent ses détracteurs, pas contre l’allaitement mais regrette qu’il y ait de plus en plus de pressions pour que les mères allaitent et abandonnent le biberon. Impossible de vérifier puisqu’en Belgique, que je sache, le choix est toujours libre.

Le véritable problème n’est pas là. Ce que dénonce l’auteur c’est l’influence grandissante de La Leche League, mouvement venu des Etats-Unis,  qui préconise l’allaitement à la demande, la prolongation jusqu’à deux, voire trois ans, prône même que le bébé dorme dans le lit de ses parents. J’ignorais ce mouvement mais j’avoue avoir été très dubitative en rencontrant, en France, des jeunes mères qui suivaient ces théories allant jusqu’à allaiter n’importe où, par exemple au cours d’un repas familial ou dans les jardins publics, affirmant qu’elles étaient décidées à allaiter jusqu’à ce que l’enfant ait deux ans, rejetant une autre alimentation comme nocive… Souvent, ces jeunes mères suivent un régime strict, se nourrissent uniquement des produits qu’elles jugent bons, fruits et légumes bio par exemple et jettent un regard très désapprobateur sur ceux ou celles qui mangent autre chose… Une attitude de “missionnaires” en sorte, persuadées d’avoir raison et élevant leurs enfants suivant leurs nouvelles convictions. Je me demandais comment ces enfants allaient s’insérer dans une société qui n’est tout de même pas aussi radicale.

Je suppose que, même si elle ne le dit pas parce qu’elle ne veut pas parler d’elle-même, Elisabeth Badinter a dû, comme moi, être interloquée par ce comportement.

La Leche League  a publié un communiqué où elle tente d’expliquer qu’elle est seulement une association “d’aide à l’allaitement”. Ce communiqué, selon moi, renforce la thèse d’Elisabeth Badinter. Pourquoi faut-il de l’aide pour allaiter ? Pourquoi ce prosélytisme qui fait que l’association organise des réunions d’allaitement public pour convaincre d’autres mères de la justesse de leur opinion ? Cela a pour le moins un aspect déplaisant.

Elisabeth Badinter rappelle aussi qu’on a parfois été très loin dans la justification de l’allaitement indispensable, allant même jusqu’à prétendre, que les enfants nourris au sein connaîtraient un meilleur développement cognitif,  théorie revue heureusement par des scientifiques qui ont réhabilité le biberon.

Le discours naturaliste comme le qualifie Elisbeth Badinter, va plus loin. L’accouchement à domicile est aussi prôné comme meilleur que dans un hôpital. Or, nous savons tous que l’accouchement présente des risques, bien plus importants quand il se fait à domicile qu’à l’hôpital. Attaque aussi de la péridurale et invention de modes bizarres comme l’accouchement dans l’eau…

Autre reproche fait à l’auteur, elle ne parle pas des vrais problèmes : inégalité des salaires hommes/femmes, du partage des tâches ménagères, du temps partiel imposé aux femmes, du chômage plus important pour les femmes que pour les hommes. Elle en parle mais ce n’est pas le sujet du livre encore qu’en montrant comment la mère est appelée à ne plus s’occuper que de son bébé, elle met en danger son couple et est tentée d’abandonner sa carrière professionnelle. “On est passé de moi d’abord  à l’enfant d’abord”.

Autre aspect du livre, la politique de natalité en Europe. “Si plus d’un quart des Allemandes restent sans enfant, cela signifie qu’elles trouvent à se réaliser ailleurs que dans la maternité telle qu’on la leur impose. Pour l’heure, les Françaises ont échappé à ce dilemme de tout ou rien. Tiendront-elles tête aux injonctions des maternalistes soutenus par les plus respectables institutions ? jusqu’à quand sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ?”

On peut penser qu’en effet, la France comme la Belgique d’ailleurs, ont une politique qui vise à privilégier les crèches, l’aide aux mères plutôt qu’une allocation qui leur permettrait de rester chez elles plutôt que de travailler. Je pense qu’il est utile de poser la question de ce que souhaitent les femmes. Et c’est un débat difficile tant la vie professionnelle est dure, souvent peu valorisante pour les femmes, tentées de trouver leur épanouissement dans la maternité. Mais les féministes avaient souligné combien l’indépendance financière était importante pour la femme, seule condition pour pouvoir s’assumer après une séparation par exemple ou pour pouvoir fuir en cas de maltraitance. Cela reste vrai.

Autre aspect étudié par Elisabeth Badinter, le regard qui continue à être porté sur celles qui choisissent de ne pas avoir d’enfant ou remettent à plus tard la maternité pour privilégier leur carrière professionnelle. A plus tard, parfois trop tard. Ceci aussi demanderait un long débat car la question n’est pas simple : la contraception permet le choix, mais il est souvent bien difficile. Et la mère qui travaille supporte mal la double peine : travail professionnel, travail familial qu’elle est souvent seule à assumer.

Je pense aussi que le discours naturaliste dont parle Elisabeth Badinter a un pouvoir insidieux mais puissant. Certaines femmes rejettent la pilule, par crainte des conséquences. Rejet aussi des médicaments, choix, pas toujours raisonné, d’une certaine alimentation.

Plus anecdotique mais très médiatisé, la proposition écologique de revenir aux couches lavables ! De quoi sursauter. Je dirais comme Elisabeth Badinter : pourquoi plutôt ne pas essayer de trouver des couches biodégradables ?

Je terminerai par un autre étonnement que j’ai sur le comportement de la génération de mes filles : la confiance absolue qu’elles ont dans leur pédiatre alors qu’elles affichent souvent une méfiance vis-à-vis de la science. Les pédiatres ont-ils toujours raison ?

Nous pensions que nos filles seraient plus libres que nous ne l’avions été. J’ai parfois l’impression que les diktats de la société, de la publicité, pèsent lourdement sur elles. Mais je ne voudrais pas généraliser…

IRINA BOKOVA.

3 novembre 2009

Irina Bokova. 

Irina Bokova vient d’être nommée directrice de l’UNESCO. Son mandat, d’une durée de quatre ans, débutera le 15 novembre. Double victoire qualifiée d’historique : elle est la première femme nommée à ce poste prestigieux et la première aussi originaire d’Europe orientale. Depuis 2005, elle était ambassadeur de la Bulgarie en France et auprès de l’Unesco. Elle a été élue au cinquième tour par 37 voix contre 27 au ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni. Initialement présenté comme favori, ses propos selon lesquels “il brûlerait lui-même les livres en hébreu qu’il trouverait dans les bibliothèques du pays”, ont fait de lui un candidat contesté.

Irina Bokova est née à Sofia le 12 juillet 1952. Elle a suivi des études à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou, à l’Université du Maryland et à Harvard.  Elle a été nommée conseillère aux Nations Unies en 1980, mais sa carrière politique a commencé après la chute du mur en 1989. Elle sera députée de 1990 à 1991 et de 2000 à 2005. Elle s’était engagée dans l’adhésion de son pays à l’OTAN et à l’Union européenne.

Son passage dimanche chez Catherine Ceylac, dans “Thé ou Café” m’a permis de mieux la connaître. D’emblée, elle déclare que la campagne a été éprouvante mais ne cache pas sa fierté d’avoir été choisie. Elle s’exprime clairement, n’élude aucune question. Elle dira l’importance qu’elle attache à la condition de la femme, à l’égalité homme/femme,à  l’éducation et plus surprenant, parce que moins connu comme préoccupation de l’Unesco, au problème de l’eau et du climat. En riant, elle confirme qu’à l’Unesco peu de femmes ont des postes à responsabilité et qu’elle le regrette. A la question piège de Catherine Ceylac : “Choisiriez-vous une femme plutôt qu’un homme à compétence égale ? elle répond : la compétence est importante ! Autre piège tendu par l’animatrice, le soutien obtenu de Simone Veil, Bernard-Henri Lévy et Elie Wiesel, sa réponse : ce sont des personnes que j’estime. A la question rituelle : “Quel est le mot de la langue française que vous préférez ? Elle répond sans hésitation “partage”. C’est beau.

Les journaux avaient dit qu’elle était pour l’interdiction de la burqua. Elle va nuancer ses propos : elle est personnellement contre, parce qu’atteinte à la dignité de la femme, mais elle est consciente de la diversité des pays.

J’avais lu qu’elle était surnommée “la dame au visage d’acier”, moi, je l’ai vue souriante, simple et je l’ai trouvée sympathique.

Le jour de son élection, accueillie avec “une grande joie et une grande responsabilité” elle avait témoigné son “respect et son amitié” à Farouk Hosni, dont elle a salué les idées proposées. “Je vais prendre toutes les bonnes idées dans les visions des différents candidats”.

Son élection, on s’en doute, n’a pas plu aux pays arabes et Khattar Abou Diab, chercheur en sciences politiques à l’Université de Paris III avait déclaré à la télévision égyptienne que “le camp radical avait, avec ce résultat, entériné un conflit de civilisation”. Sa réponse est claire : “Je n’ai jamais cru à l’idée du clash des civilisations” ajoutant qu’elle mènerait son mandat à la tête de l’Unesco sur la base de la compréhension mutuelle et du dialogue culturel : “L’Unesco, c’est la tolérance.”

UNESCO.

L’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture a été créée le 16 novembre 1945. Son siège est à Paris. Elle est surtout connue pour son répertoire du patrimoine mondial qui classe ce patrimoine en diverses catégories. En 1992, elle a créé  “Mémoires du monde” qui vise à sensibiliser la communauté internationale à la richesse du patrimoine communautaire, à la nécessité d’assurer sa conservation pour les générations futures et à le rendre accessible à un large public.

Dans le cadre du programme MaB (the Man and the Biosphere) elle a établi un réseau de biosphères qui se propose de protéger la nature tout en préservant l’activité humaine sur toute la planète.

L’Unesco publie des périodiques spécialisés, notamment le Bulletin du droit d’auteur, Perspectives, Revue internationale des Sciences sociales, Museum.